BCI - Bureau de coopération interuniversitaire (anciennement connu sous le nom de « Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec » CREPUQ)

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Lettre d’opinion - Faire de l’enseignement supérieur une priorité nationale

Faire de l’enseignement supérieur une priorité nationale

L’automne dernier, en prévision du Sommet sur l’enseignement supérieur, les chefs d’établissement des universités québécoises nous ont invités à réfléchir aux principes et aux orientations du projet universitaire québécois d’aujourd’hui et de demain. Qu’attendons-nous de nos universités ? Quelles doivent être les valeurs qui les animent, quelles orientations doivent-elles poursuivre ? Voilà le genre de questions auxquelles on nous a demandé de réfléchir.

Nous avons ajouté à notre contribution les idées exprimées par les principaux collaborateurs des chefs d’établissement réunis au sein de divers comités de la CREPUQ, notamment les vice-recteurs aux affaires académiques, à la recherche, aux affaires internationales, aux affaires administratives et financières, aux ressources humaines, les membres du Comité des affaires médicales et les secrétaires généraux.

Le monde est engagé dans une période de profondes et rapides transformations et la société québécoise n’est pas immunisée face à de tels bouleversements. L’université sera de plus en plus interpellée pour répondre aux nombreux défis qui se poseront à nous au XXIe siècle, et l’université québécoise en particulier, en raison de l’importance du savoir et de l’innovation pour notre devenir collectif. C’est dans cet esprit que nous proposons à la réflexion collective une conception de ce qu’est, à notre avis, l’université québécoise aujourd’hui et, surtout, de ce qu’elle doit continuer à être demain. Notre vision du réseau universitaire québécois, repose sur :

  1. Des universités fidèles à leur mission d’enseignement, de recherche et de services à la collectivité. Des universités où la formation permet aux étudiants d’acquérir des connaissances et de se développer pleinement comme citoyens du monde. Des universités où la recherche contribue à l’avancement continu des connaissances, à la préparation d’une relève scientifique de haut niveau et au transfert des connaissances vers les milieux où elle sera mise en valeur. Des universités où les services à la collectivité transforment l’établissement en un lieu « d’expertise ouverte » qui travaille avec son milieu, s’insèrent dans les projets de sa région, contribuent à l’innovation sociale, technologique, culturelle.
  2. Des universités d’excellence, accessibles à tous ceux qui en ont le désir et la capacité. Des universités qui continuent de viser sans compromis les plus hautes normes en matière de formation et de recherche, conformément aux meilleures pratiques dans le monde. Des universités qui travaillent avec toutes les forces vives de la société à rattraper le retard du Québec en matière de scolarisation universitaire et qui accentuent leur collaboration avec les autres ordres d’enseignement afin de renforcer toute la chaîne de l’éducation.
  3. Des universités diversifiées, qui collaborent et se concertent. Des universités qui continuent de mettre pleinement à profit leur diversité afin de répondre toujours plus efficacement aux besoins multiples et changeants de la société. Des universités qui offrent un large éventail d’expertises dans tous les domaines du savoir et qui nous préservent du danger de la pensée unique. Mais aussi des universités qui continuent de collaborer et de fonctionner en concertation, ce qu’elles font depuis longtemps déjà.
  4. Des universités ancrées dans leur communauté et ouvertes sur le monde. Des universités qui se posent en acteurs majeurs dans leur milieu local et dans leur région, qui sont la source d’une relève hautement qualifiée pour les employeurs (publics ou privés), fournissent de la formation continue aux milieux locaux et dont les activités de recherche contribuent à résoudre des problèmes propres à leur milieu. Des universités qui contribuent également aux réflexions sur les grands problèmes de la société. Des universités qui sont ouvertes sur le monde et qui ouvrent le Québec au monde. Des universités qui accompagnent la société québécoise vers un développement durable respectant l’environnement et procurant une prospérité partagée équitablement entre tous.
  5. Des universités héritières d’une tradition plusieurs fois centenaire, dont elles sont fières et à partir de laquelle elles continuent de se développer. Une tradition où l’autonomie signifie que l’université demeure à l’abri de toute influence indue afin de n’appartenir à aucun groupe en particulier. Une tradition où la liberté académique est reconnue comme une condition préalable au développement scientifique et technologique, sans laquelle on ne peut envisager une recherche vraiment libre et désintéressée, ni une formation reposant uniquement sur l’état des connaissances scientifiques et imperméable aux pressions inappropriées. Une tradition où la collégialité s’incarne dans les instances de l’université et repose sur une communication ouverte et franche, la crédibilité des intervenants et la recherche du consensus. Une tradition, enfin, qui va de pair avec une reddition de comptes à la communauté universitaire, à la collectivité et au gouvernement quant à la performance et à l’utilisation des fonds publics et qui s’inspire des meilleures pratiques de gouvernance dans le monde.

Le savoir et la recherche sont essentiels pour notre avancement collectif, aussi bien social, culturel et environnemental que technologique et économique. Les défis de la société québécoise pour la prochaine décennie sont également les défis de ses universités et, réciproquement, l’avenir de ses universités exercera une influence déterminante sur le devenir de toute la société. Il est donc essentiel que celle-ci soutienne pleinement les universités dans leur développement et que tous les partenaires du milieu de l’éducation et les acteurs de la société civile se rassemblent afin de se donner une ambition commune : Faire de l’enseignement supérieur une priorité nationale.

Signataires :

M. Michel Belley, (Président du groupe de réflexion)

  • Ancien recteur de l’UQAC. M. Belley a été doyen des études avancées et de la recherche à l’UQAC, professeur titulaire au département des sciences économiques et administratives à l’UQAC et professeur invité dans des universités étrangères en Égypte, en France et au Costa Rica.

M. André Bazergui

  • Professeur émérite et ancien directeur général de l’École Polytechnique, M. Bazergui est ingénieur et lauréat du Grand prix d’excellence de l’ordre des ingénieurs. Il a été président-directeur général du Consortium de recherche et d’innovation en aérospatiale au Québec (CRIAQ).

Mme Florence Junca-Adenot

  • Professeure en études urbaines à l’UQAM. Mme Junca-Adenot a occupé diverses fonctions à l’UQAM, depuis 1971 : vice-doyenne chargée de l’essor académique du secteur des Sciences de la gestion, vice-rectrice aux communications ainsi que vice-rectrice à l’administration et aux finances. Elle a également été la première présidente directrice générale de l’Agence métropolitaine des transports.

M. Bernard Hodgson

  • Professeur titulaire au département de mathématiques et de statistique de l’Université Laval. M. Hodgson a été secrétaire général de la Commission internationale de l’enseignement mathématique et président de la Commission d’évaluation des projets de programmes (CEP).

M. Bernard Shapiro

  • Ancien vice-chancelier et principal de l’Université McGill. M. Shapiro a été professeur, puis doyen à l’école d’éducation de la Boston University. Il a été doyen de la faculté d’éducation de l’université Western Ontario, directeur de l’Ontario Institute for Studies in Education et professeur d’éducation et de politiques publiques à l’University of Toronto. Il a également occupé différents postes de sous-ministre au sein du gouvernement ontarien et a été le premier Commissaire à l’éthique du Parlement canadien.

M. Sylvain Simard

  • Ancien professeur agrégé de littérature française à l’Université d’Ottawa. M. Simard a occupé plusieurs postes ministériels au sein du gouvernement du Québec : ministre des Relations internationales, ministre des Relations avec les citoyens et de l’Immigration, ministre d’État à l’Administration et à la Fonction publique, président du Conseil du trésor, ministre d’État à l’Éducation et à l’Emploi et ministre de l’Éducation.

M. Jean-Marie Toulouse

  • Professeur émérite à l’École des Hautes études commerciales (HEC Montréal) et ancien directeur de HEC Montréal. M. Toulouse a été directeur de la recherche, directeur du programme de doctorat offert conjointement par HEC, Concordia, McGill et UQAM. Il a également été titulaire de la Chaire d’entrepreneurship Maclean Hunter.